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Archives Mensuelles: janvier 2012

La plupart des villes de Russie et surtout de l’est vivent des secteurs primaires et secondaires : extraction de matières premières et exploitation dans des usines situées à coté. Encore une fois, Vladivostok se la joue différemment : elle vit de l’import-export. Le port travaille jour et nuit, des camions traversent la ville à toute heure avec des containers, des trains de marchandises arrivent de et partent partout.

Ceci se retrouve dans les magasins aussi : on y trouve toutes sortes de produits japonais, coréens et  chinois, sans traduction des étiquettes (au fond, qui s’intéresse au contenu en sucres d’un soda, quand on sait qu’il y en a de toute façon trop ?) : nourriture, électronique, fourniture pour le bâtiment, et surtout voiture. Le 98 % d’entre elles (estimation à l’oeil de votre humble serviteur) sont des occasions importées du Japon. Il parait qu’on peut acheter ici une petite Nissan de 15 ans pour moins cher qu’une Lada du même age à Tomsk : environ 65 000 roubles contre 100 000. Compte tenu de la différence de qualité et de confort, le choix est vite fait. En fait, une voiture premier prix coûte ici deux mois de salaire moyen, du coup « ici, tout le monde a une voiture, sauf les étudiants et les babouchkas (la grand-mere russe) », dixit un local. Ce qui bien entendu crée des bouchons énormes, qui sont devenus la « marque de fabrique » de Vladivostok. L’autre problème, c’est qu’au Japon on roule à gauche (comme en Angleterre). Du coup, toutes les voitures, et certains camions aussi, ont le volant à l’extérieur de la route (à droite pour rouler à droite). Les phares sont également mal orientées et éblouissent le conducteur d’en face plutôt que d’éclairer le bord de la route. Mais les conducteurs s’en accommodent et aiment leurs japonaises, à tel point que lorsque Poutine a  déclaré vouloir interdire l’importation de ces voitures, le maire de Vladivostok a proposé de faire sécession et de créer un pays indépendant, purement et simplement ! D’ailleurs, ici même la police possède de telles voitures, c’est dire.

Tout ce qui est russe coûte plus cher ici qu’en Sibérie : le pain soviétique standard coûte ici 20 roubles contre 15 à Tomsk, mais les salaires sont aussi un tiers plus élevés. Les habitants, contrairement à beaucoup de russes, sont globalement satisfaits de leur niveau de vie, et s’ils rêvent parfois de partir habiter à l’étranger, c’est dans un autre pays d’extreme-orient (la Chine est la destination la plus populaire), contrairement aux russes du reste du pays qui partent en général en Europe ou aux USA.

La ville étant construite autour d’une baie, les bateaux sont partout. En fait, la ville est un port géant

Des bateaux partout

La baie de la Corne d'or, le port de Vladivostok

des grues, un train, du charbon

Ici, on exporte les ressources naturelles russes...

un bateau, des grues, des containers

...qui reviennent sous forme de produits finis

des produits japonais

Les produits d'importation sont partout. Ici après une visite au supermarché

des voitures partout !

Là, des voitures d'occasion japonaises attentent un acheteur

La région entourant Vladivostok s’appelle le Primorskiy Kray (ou à peu près). Cette région profite d’une nature éblouissante, parait-il : je n’aurai pas l’occasion de vérifier. Mais je sais qu’on y trouve entre autres des ours bruns et noirs, le tigre de l’Amour (du nom du fleuve), le lynx, un extrêmement rare léopard des neiges, et encore d’autres animaux plus « communs », comme les cerfs et les élans. Les plantes sont aussi particulières, avec des pins coréens, et d’autres arbres propres à la région.

Mais le plus intéressant est la mer. Vladivostok n’est pas située directement sur l’océan pacifique, mais sur la mer du Japon, c’est-à-dire la mer qui sépare le Japon de la Corée. Cette mer est le point de rencontre d’un courant marin chaud venu des philippines et d’un courant froid venu de la mer de Barens. La rencontre de ces courants a permis une explosion du nombre d’espèces, dont certaines sont uniques. On y trouve tout autant des récifs coralliens que des phoques ! Sont également présents les pieuvres, les crabes, et beaucoup de sortes de poissons (je ne suis pas vraiment un spécialiste pour vous en dire plus 😦 désolé). Mais, contrepartie de la diversité, cette mer est peu productive et les stocks de poissons doivent être bien gérés et conjointement.

L’autre particularité de cette mer est qu’elle gèle en hiver. Elle fait alors la joie des locaux et le malheur des marins, qui se voient obliges de suivre des « canaux », où la glace est plus tendre, et qui sont « recreusés » à intervalles réguliers par des bateaux spécialisés

des pecheurs

Ici, des amateurs profitent de la glace pour passer leur journée de congé à la pêche

un bateau empetré dans la glace

Là, un bateau lutte contre la glace pour démarrer

Jusqu’à récemment, Vladivostok a été une place forte. Dès la construction de la ville, la Russie tsariste comprend sa faiblesse : située à deux mois et demi de voyage de la capitale, entourée de la Chine, certes affaiblie mais contenant beaucoup de troupes étrangères, du Japon et ouverte sur l’océan pacifique, la région a subi des attaques des Anglais durant la guerre de Crimée. Le tsar puis les soviétiques y construiront donc une multitude de forts. La fermeture de la ville en 1958 et la Flotte du Nord qui y sera stationnée vont aussi participer à la défense. Dès le début de la deuxième guerre mondiale, Vladivostok est une base forte défendant efficacement l’extreme-orient russe. Ceci permettra même à la Russie de soutenir les USA dans leur guerre contre le Japon après Pearl Harbour.

Même si elles ont été abandonnées après la chute de l’URSS, la plupart de s existent encore aujourd’hui et certaines ont été transformées en musée, pour le plus grand bonheur des amateurs d’histoire guerrière (ils sont nombreux en Russie) et des touristes qui, parait-il sont légions en été, surtout en provenance d’Asie. Certaines autres ont été reconverties en installations civiles comme les chantiers navaux.

un chantier naval

Un chantier naval, autrefois militaire et aujourd'hui civil

Mention spéciale au musée des forts, lui-meme situe dans un ancien fort, et qui présente l’histoire militaire de la région

un fort sovietique

Le musée des forts, en court de rénovation (janvier 2012)

Ledit musée est entouré de matériel de guerre avec chaque fois une feuille explicative.

des missiles sur une rampe de lancement mobile

Une partie de l'exposition extérieure du musée

On peut également visiter un fort sur l’île russkiy, au sud de Vladivostok, qui était elle-meme une base militaire à l’époque. Le fort en question vient en fait d’un bateau, démonté à St Petersboug, amené en train ici, et dont on a reconstruit le système de tir DANS une colline !

une tourelle à trois canons

Le fort de l'île russkiy. Difficile de photographier plus, il est souterrain !

Mention spéciale aussi au sous-marin exposee à coté du mémorial des héros de la seconde guerre mondiale, et qui est un musée ouvert au public !

un sous-marin en pleine rue !

Le sous-marin-musee de Vladivostok, comme ça, au détour d'un boulevard (!)

Ca y est, j’y suis. La fin de la Russie, sur l’océan pacifique. Le terminus du transsibérien, au kilomètre 9289 depuis Moscou. Sept heures de décalage horaire avec Moscou, dix avec la Suisse (neuf en été). A deux heures de vol de la Corée du Sud et du Japon, et une demi-journée de train de la Chine ou la Corée du Nord. Elle est entourée d’une nature fabuleuse, d’arbres japonais, de champignons chinois, de tigres sauvages, d’ours, de lynx, sans oublier les crabes géants, les pieuvres et les massifs coralliens. Une ville complètement russe, et qui ne l’est pas du tout en même temps. Elle est éclectique. Elle ne dort jamais. Elle est hyperactive. Elle vit du contact avec ses voisins. Elle est le lien terrestre entre l’Asie et l’Europe. C’est Vladivostok.

Difficile de savoir par ou commencer pour décrire Vladivostok. On pourrait parler de sa topographie, Vladivostok étant (à ma connaissance) la seule grande ville de Sibérie construite sur des collines. Ou de sa proximité avec la mer du Japon, et donc sa vie de cite maritime et côtière, qui subsiste même en hiver, lorsque les eaux du golf de Pierre le Grand gèlent et permettent la promenade dominicale sur la glace. Ou encore de la baie de la Corne d’Or (ou Zolotoï rog selon Wikipedia), qui sépare la ville en deux en son beau milieu.

Mais le mieux pour la comprendre est de connaître son histoire. Fondée en 1859 par un noble Russe, la ville se construit par des ouvriers chinois et coréens qui resteront sur place. Les premiers russes à venir, comme dans toute la région, sont des exilés politiques et des bagnards. A cette époque, le moyen le plus rapide de rejoindre Vladivostok depuis St-Petersbourg, la capitale de l’époque, est de traverser l’Atlantique, l’Amérique du Nord et le Pacifique. De par cet isolement, la ville se construit une culture propre, fortement inspirée par la culture russe, mais se nourrissant de la proximité de trois grandes cultures asiatiques très différentes les unes des autres (quatre si l’on fait la différence entre la Chine et la Mandchourie). Lors de la connection au transsibérien, en 1903, c’est l’explosion : Vladivostok devient un centre de commerce incontournable entre l’Europe et l’Asie. Elle est en effet la seule ville de culture européenne en contact direct avec le monde asiatique. Y affluent quantités de marchands des deux mondes. La ville devient un lieu où il fait bon vivre, où l’attrait de l’exotisme et la sécurité du connu et du quotidien font bon ménage.

Cette explosion ne sera pas longue. En 1917, la ville est coupée de l’Europe par la révolution de Bolcheviks. Vladivostok est également coupée de la Russie européenne par la « Russie blanche », cette armée tsariste contre-revolutionnaire etablie à Irkoutsk. Les Japonais et plusieurs nations européennes prennent position à Vladivostok pour fournir un soutien logistique à la Russie blanche. l’armée rouge prendra finalement la ville en 1922 seulement, mettant fin à la guerre civile. Commence alors une période d’hibernation pour la ville. Staline fait tuer ou déporter tout les habitants asiatiques, les occidentaux rentrent chez eux, et on finit par fermer la ville au monde, en 1958. Les soviétiques en font une immense base navale, surtout militaire, mais également commerciale, exportant par bateau la production des usines de l’URSS.

La ville sera rouverte en 1992, et tout de suite retrouve sa vitalité d’antan. l’énorme demande de produits occidentaux bon marchés en Russie et le transsibérien vont ouvrir une voie royale à Vladivostok, qui tout de suite devient le centre d’importation de toute la Russie. On y vient même de Murmansk, à la frontière finlandaise, pour y acheter sa voiture d’occasion et sa télévision japonaises, ou son autobus coréen. Certain font leur métier d’acheter des objets d’importation à Vladivostok puis de les envoyer ailleurs en Russie et de les revendre. Les étrangers, tant asiatiques qu’occidentaux, reviennent en masse, tant pour vendre des produits de chez eux que pour acheter des produits bruts issus des immenses réserves naturelles de l’extreme-orient russe : du bois, des hydrocarbures, toutes sortes de métaux, du poisson et son caviar…

Loin de ralentir son dynamisme, le prochain sommet des pays côtiers de l’océan pacifique qui doit se tenir cette année (2012) à Vladivostok a amené de gros investissements de l’état russe : toutes les rues importantes et moyennement importantes ont été refaites, on construit un campus universitaire sur l’île russkij, quasi vierge jusqu’à présent, et elle sera bientôt reliée par un pont à la ville. En tout, on construit trois ponts sur la mer en même temps en ce moment à Vladivostok.

Des immeubles partout

Le centre-ville de Vladivostok

un funiculaire

Vladivostok est la seule ville de Russie à disposer d'un funiculaire

un trou dans la glace

"C'est pas un peu de glace qui va nous empecher de nager, non ?!?"

Un pont en construction

L'un des trois ponts en construction de Vladivostok

Pour sortir de Yakutsk et de la Yakoutie, soit vous reprenez la route pour Neryungri, soit vous vous envolez de l’aéroport local. Les avions, comme les voitures, n’éteignent pas leur moteur à l’extérieur, et des camions spéciaux viennent leur injecter de la vapeur dans les réacteurs pour les réchauffer. Les avions sont pour la plupart des vieux coucous soviétiques, aussi mal isolées contre le bruit que le froid. Le vol est une expérience formidable pour tout ceux qui n’ont pas froid aux yeux (ni ailleurs) : on amène ses bagages soi-meme jusqu’à l’avion, où ils sont entassés dans des étagères, puis on s’assoie dans son siège, et dès le décollage tout le monde dort, malgré le bruit.

Apres un atterrissage sans encombre, on sort de l’avion pour se rendre compte que nos oreilles sifflent. J’ai six heures d’attente avant mon prochain vol, je fais donc un saut dans la ville voisine, Khabarovsk. Il s’agit de la capitale du « district fédéral extreme-oriental », le détachement administratif le plus éloigné de Moscou, qui commence après le lac Baikal et va jusqu’à l’océan pacifique, îles incluses. première impression après Yakutsk : le choc. Ici, il fait  relativement chaud ( -25 ºC), beau, et surtout, la ville est entretenue, nettoyée, et des jolies sculptures de glace ornent les rues. Des gens se baladent et profitent du beau temps et des ornements

La place Lenine de Khabarovsk

La place Lenine, ornée de sculptures de glace

 

La ville est bel et bien une capitale : les bâtiments sont très grands, beau, et, surtout, hauts. Cependant, la ville est coupée par des longs bassins d’eau presque appondus, sans doutes d’anciennes rivières asséchées, qui donnent à la ville une « aération urbaine » bienvenue.

parc municipal et gratte-ciel en arriere-plan

Khabarovsk, repos et travail

Le fleuve Amur passe juste à coté de la ville. Il est très large (le plus large de Russie, sauf erreur), et contient tout plein d’îles. Comme tout les plans d’eau de Sibérie et de l’extreme-orient russe, il est maintenant gelé

C'est laaaarge

Le fleuve Amur

Je ne ferai pas plus long à Khabarovsk, mon avion décolle déjà…

Khabarovsk vu du ciel

Au revoir Khabarovsk !

Yakutsk est une relativement grande ville : près de deux cent mille habitants. Cependant, l’hiver, la plupart ne sortent pas beaucoup. Et ils n’en ont pas besoin, car ici toute la technique est prévue pour fonctionner dans le froid, sans intervention humaine ni réparations difficiles. Par exemple, les tuyaux et les fils électriques ne sont pas enterrés, pour éviter de devoir les déterrer à travers le sol qui, en hiver, est gelé. Imaginez-vous devoir creuser un mélange de sable de glace sur plusieurs centaines de mètres pour trouver une fuite dans un tuyau, alors que s’il est en l’air, les énormes stalactite de glaces vous indiquent tout de suite l’endroit à réparer. Les voitures ont des carburants spéciaux, qui ne gèlent pas, et les aérations des moteurs sont bouchées par des cartons isolants (les mêmes que l’on met en été sur le pare-brise lorsqu’on se parque au soleil), pour que le moteur reste chaud. On laisse le moteur tourner partout, sauf lorsque la voiture est parquée dans un garage chauffé, car sinon le moteur ne redémarre plus avant le printemps. Les maisons sont construites en hauteur, sur des piliers enfoncés dans la glace profonde, pour éviter de bouger lorsque la couche superficielle du sol fond au printemps. Ainsi, toutes les entrées de maisons sont surélevées d’un demi-étage, et dans certaines maisons encore en chantier, on peut se faufiler sous la maison, offrant un raccourci bienvenu lorsque chaque minute compte dans le froid.

Lorsque d’ailleurs le froid devient intense, c’est-à-dire en dessous de -49 ºC, les écoles ferment et les cantonniers cessent de travailler à l’extérieur, sauf pour des travaux urgents. Les gens ne sortent que pour aller d’un bâtiment à un autre, et savent s’habiller chaudement.

Parlons-en, des habits. Ici, tout est fourrure. En effet, la fourrure est le seul habit qui à la fois tient chaud et à la fois respire à de telles températures (-53 ºC lors de mon passage, les températures descendent parfois jusqu’à -60 ºC). Il existent des souliers en fourrure avec une semelle en feutre, qui sont traditionnels dans cette région. La fourrure peut venir de divers animaux, du lièvre à l’ours, mais est en général tirée du renne, l’animal d’élevage traditionnel. Viennent ensuite évidemment les manteaux et l’inévitable « Ushanka », le couvre-chef russe.

Les habitants ne sont pour la plupart pas slaves, mais Yakutes. C’est une ethnie turque venue du Kazakhstan il y a environ 500 ans, et qui a gardé sa langue, proche du kazakh, et en partie sa religion chamanique. Lorsque les Russes ont colonisé la région, il y a environ 400 ans, ils ont converti une partie des populations locales au christianisme orthodoxe, tout en laissant les habitants libres de pratiquer leurs traditions non-religieuses. Les traditions sont toutes liées d’une manière ou d’une autre au climat et à la situation géographique (il est encore aujourd’hui très difficile d’atteindre la Yakoutie, voir ce post précédent). Aujourd’hui la région est une république, officiellement bilingue : le russe domine dans les villes et les échanges avec l’extérieur, mais le yakoute est pratiquée par la population villageoise et dans les arts, il existent plusieurs théâtres en yakoute et toute une scène musicale locale, mélangeant le style traditionnel avec les sons modernes, comme le rock et le rap, pour un résultat intéressant. La république porte le nom de Sakha, (prononcer Sacha, avec le ch comme dans Nacht en allemand), qui est le nom que les yakoutes se donnent dans leur langue.

Continuons par la cuisine. Ici, on mange local : peu de légumes, pratiquement que de la viande, du poisson et du lait. Les seuls légumes sont des fines herbes qui poussent dans les environs. On cuisine sans épices, ce qui donne à la viande, de renne par exemple, un goût vraiment particulier, plus naturel. Lors d’une fête, ou si on a des invités, on sort la charcuterie fine, soit du foie de cheval gelé avec de l’oignon sauvage. Le poisson se mange de préférence gelé l’hiver : on pêche le poisson à travers la glace, puis on le pose à l’air libre vivant et on laisse le froid faire son travail. Cette manière de faire conserve toutes les vitamines contenues dans la chaire, et le poisson mourant de froid, les bactéries ne viennent pas le contaminer. Les Yakoutes attribuent à cela leur santé de fer : la république est le sujet fédéral de Russie comportant le plus grand nombre de centenaires en pourcentage de sa population. Le lait, enfin, est utilisé pour diverses boissons et mets, le plus original étant sans doutes le koumys, du lait de jument fermenté (environ 5% vol. alcool), consommé l’été pour ses vertus rafraîchissantes. Oui, car l’été, il peut faire +40 ºC ici : Yakutsk est non seulement la ville la plus froide du monde, mais aussi celle subissant les plus grands sauts de température !

[ edit 10 mars 2012 : J’ai reçu mes photos par la poste ! Les voilà ]

des immeubles à Yakoutsk

Des immeubles à Yakutsk. Remarquez l'électricité, le téléphone et l'eau, tout est hors-terre

 

La statue de Lénine

Même Lénine a froid ici !

 

Une place vide

La place Lénine, au centre-ville, aux heures de pointe. L'atmosphère n'est pas à la flânerie

 

J’avais oublié d’un parler, mais il y a à Yakutsk un institut de recherche sur le permafrost. Le clou de la visite est leur laboratoire souterrain, situé à (sauf erreur) 20 mètres de profondeur et où il fait -12 °C toute l’année !

Un couloir de glace

Le laboratoire souterrain de l'institut du permafrost : couloir principal

 

La respiration des visiteur a créé sur le plafond du couloir d’impressionnants cristaux de glace, d’une beauté à couper le souffle

Des cristaux de glace

Les cristaux de glace du plafond

Ça y est, on a fini par arriver à Yakutsk. Première impression : c’est une ville fantôme, mais habitée. Noyée dans le brouillard, tout y est silencieux. De temps en temps on croise une voiture ou un passant, invisible sous au moins quatre couches d’habits. Lorsqu’on voit son visage, c’est jamais plus que ses yeux, avec en général du gel sur les sourcils. Il fait -50 ºC dehors. Personne ne prend la peine d’embellir les rues, les parcs publics sont noyés sous la neige, les arbres aussi. Les murs sont gris, le brouillard et le gel ont en pris possession. Les tuyaux d’eau chaudes courent de par les rues, s’élèvent à quatre mètres pour traverser les routes, puis retombent. Le sol perpétuellement gelé (permafrost, pour les intimes) sur plus de 300 mètres de profond les endommage trop pour pouvoir les enterrer. Du coup, le seul bruit qui traverse le brouillard est cet étrange son de l’eau qui coule, son sourd et creux, lointain, constant, partout pareil.

La nuit, Le brouillard achemine partout la lumière des quelques lampadaires, donnant au ciel une étrange couleur jaune feu, qui nous ferait presque oublier le froid intense. On se ballade donc partout comme en plein jour, c’est à dire qu’on distingue quelques formes dans le lointain, mais on distingue sans peine les objets proches. Il est difficile de se repérer ici. On ne voit rien à plus de 100 mètres. Le brouillard tombe à Yakutsk en même temps que la température, début janvier, et le quitte qu’en février, lorsque la température « remonte » à -30 ºC.

Tout ici est prêt pour le froid. Les voitures parquées dans la rue fonctionnent. En effet, arrêter le moteur d’une voiture en dehors d’un garage chauffé, c’est l’assurance de ne plus la redémarrer avant le printemps. Les garages chauffés sont donc légions, certains y hébergent même de temps en temps un copain de passage, mais ceux qui n’en disposent pas ont des voitures dites « gelées », et se déplacent en transports publics durant l’hiver. Les voitures ont souvent de l’isolant autour de l’habitacle, mais aussi sur le capot, pour éviter au moteur de refroidir (!). Les maisons ont souvent trois portes successives, pour éviter les courants d’air directs, les vitrages sont souvent triples. Les fils électriques volent au dessus de nos têtes, on ne les enterre pas, toujours à cause de ce fichu permafrost.

Au centre-ville, on croise quelques personnes, toutes semblent pressées de rejoindre le prochain bâtiment. Pas d’enfants jouant dans les rues. l’école est fermée à cause du froid, mais ils restent à l’intérieur.

Il parait que plus de deux cent mille habitants vivent ici, mais bon sang, où sont-ils ?

[ edit 10 mars 2012 : J’ai reçu mes photos par la poste ! Les voilà ]

-50.5 °C, dixit le thermomètre

Le choc

 

du brouillard, pas grand chose...

Une rue de Yakutsk

 

Une arrière-cour à Yakutsk

Une arrière-cour à Yakutsk. A vous de deviner : il fait jour ou nuit ?

 

Le soleil hivernal de Yakutsk, caché derrière du brouillard

Le soleil de Yakutsk, environ midi

 

[suite à un souci technique, je ne pourrais pas mettre de photos sur certains posts avant mon retour à Tomsk. Désolé ! Mais j’en profiterai pour décrire un peu plus les endroits, et je laisse votre imagination faire le travail ! ]

Arrivé à Tynda, plusieurs choix s’offrent à vous : continuer jusqu’à Komsomol-na-Amure avec le BAM, rejoindre l’Amur à la frontière chinoise en prenant plein Sud, ou aller au Nord.

Pour aller au Nord, un seul chemin : passer par Neryungri. Cette ville, dont le nom n’est pas russe (il ne se décline pas selon les cas de la grammaire russe), est le point d’entrée d’un endroit tel, qu’il y en a point comme celui-là : la Yakoutie. Cette région est extrême : de -60 l’hiver à +40 degrés (°C) l’été, ses trois millions de km2, son million de rivières et son million de lac sont partagés par son petit million d’habitants, qui provient de plusieurs ethnies différentes, sans compter les russes (qui y sont en minorité) et les autres immigrants.

On peut s’en douter, voyager dans de telles conditions est difficile : les routes sont mauvaises, peu peuplées, et, surtout, vide : si vous tombez en panne en hiver, il se peut que personne ne vous trouve avant que vous ne mourriez de froid. (!) La route principale est celle qui relie Yakutsk, la capitale, à Neryungri, et par conséquent au reste du monde. C’est par cette route que je vais continuer mon voyage.

Dès sa sortie du train, le voyageur est accueilli, ou plutôt assailli par les chauffeurs de taxi-minibus qui vous amènent à Yakutsk. Les bus attentent sur le parking de la gare, dans le froid, le brouillard et la nuit (il fait pas jour longtemps à de telles latitudes en hiver), on a pas envie de traîner, on prend le premier qui vient. On part. La ville n’est pas bien grande, on est vite sorti. La route est longue, il est passé minuit depuis longtemps, mais personne ne dors : tous regardent la nature qui nous entoure. Des forêts de sapin interminables, posées sur des collines, entrecoupées de rivières, parfois moins denses dans les zones marécageuses. On ne pense plus, la fatigue du voyage faisant son effet, et on se laisse guider par la route, la seule, qui traverse ce désert de froid. Tantôt droite, tantôt sinueuse, tantôt lisse, tantôt caillouteuses, on y croise de temps en temps une autre voiture en face, ou des camions garés sur le bord, moteur fonctionnant pour éviter à la mécanique de se geler, et au chauffeur aussi. On finit quand même par s’endormir, à la faveur du chauffage à plein régime et d’une portion de route confortable.

Le lendemain, on se réveille assez vite, sur un soubresaut ou l’autre de la route. Le paysage a peu changé : les forêts, le froid, les collines, les rivières, tout est toujours là, mais illuminé par un soleil seul dans le ciel bleu. Dans notre minibus chauffé, avec des doubles vitrages et des tapis partout, on en finirait presque par oublier la température extérieure, qui tourne autour des -40 °C. Le voyage se poursuit sans encombres, avec une pause dans un restoroute (comment sont-ils arrivés ici ?) qui nous rappelle le froid mordant qui règne à l’extérieur. Les kilomètres restants sont indiquées sur le bord de la route, et descendent lentement, mais sûrement. Vers Yakutsk -30 kilomètres, le ciel se couvre. Quelques villages sur la route rendent la circulation un peu plus dense. Le chauffeur commence à parler de l’arrivée : je vous dépose où ? Puis quelqu’un pose la question que tous se posent : comment va-t-on traverser la rivière ? En effet, Yakutsk est située de l’autre coté de la Léna, une rivière de près de 4 kilomètres de large. Le pont qui doit la traverser est en projet depuis l’époque soviétique, mais les conditions de constructions locales difficiles et son coût excessif (on parle de 18 milliards de dollars) ont toujours empêché sa construction. Le chauffeur nous explique que la rivière a gelé en septembre déjà, et que dès novembre on a ouvert la route sur la glace qui permet à tout les véhicules de la traverser (camions compris !).

On finit par arriver à la rivière : on y distingue à travers le brouillard une piste bleue, couleur de la glace, au milieu du blanc neigeux. Une fois sur la piste, on y voit une grande strie au milieu. Le chauffeur nous dit de ne pas s’inquiéter, que la glace fait au moins un mètre d’épaisseur à cet endroit. La piste est longue, près de 16 kilometres, et slalom, parait-il, pour passer par les endroits sûrs, là où la glace est épaisse ou là où une île se trouve. Arrivé à la fin du parcours, un curieux demande si la glace se brise parfois. « Chaque année des gens se tuent en coulant avec leur voiture. Mais c’est parce qu’il ont roulé au début, avant que la piste soit ouverte au trafic. » Ça rassure…

[ edit 10 mars 2012 : J’ai reçu mes photos par la poste ! Les voilà ]

La nuit, des bus et des gens attendent

Devant la gare de Neryungri, en pleine nuit

 

une longue route, de la forêt autour...

La route pour Yakutsk

 

Nous croisons un camion

On croise parfois quelqu'un sur la route, ça rassure

 

Sur la glace

On entre sur la Léna, sur la route de glace

 

encore sur la glace

Encore sur la glace, juste pour le plaisir ^^

[ j’utilise un clavier russe, excusez pour les accents ! ]

En russe, une « Magistrale » n’est rien d’autre qu’une ligne de train. Et elles portent bien leur nom. En poursuivant mon voyage, j’ai quitté le transsibérien pour une autre ligne plus au Nord et parallèle, qui quitte le transsibérien peu après Krasnoiarsk à l’est, passe au Nord du lac Baikal (par Severobaikalsk, en fait), et va…nul part. Oh, elle rejoint bien l’océan Pacifique, mais la plupart des villes ont ete construite à partir de rien « parce que le train était la ». Du coup, elles ressemblent toutes à Severobaikalsk. Voici Tynda, noeud ferroviaire au milieu du trajet, et « capitale » officieuse de la ligne

Tynda-city, vu de loin

la ville de Tynda, vue de loin

La gare, quand à elle, ressemble plus de l’extérieur à une base de lancement de fusée qu’à une sympathique gare de voyageurs

La gare de Tynda

La gare de Tynda

Cette simple voie a mis plus de 60 ans à être construite, et, même si l’inauguration officielle date de 1974, les aménagements furent nombreux après (tunnels, arrêts supplémentaires, connexions avec le transsibérien…)

Le gouvernement soviétique a décidé de construire cette ligne dans les années 20, comme alternative au transsibérien, trop vulnérable à cause de sa proximité avec la Chine (en cas de guerre). La ligne s’est construite par étapes, avec un arrêt notable de vingt ans après la mort de Staline. Le chantier a repris dans les années 70, pour exploiter les ressources minérales du Nord et pour la propagande soviétique (le chantier fut d’une ampleur exceptionnelle pour l’époque). Fait intéressant, si le chantier fut commencé par des prisonniers du goulag et des soldats fait prisonniers (et fait environ 10000 morts), la reprise dans les années 70 a employé les jeunesses communistes, le Komsomol, et une ville leur est dédiée à la fin de la ligne, Komsomolsk-na-Amure. La propagande soviétique eut fort à faire pour attirer des volontaires dans ces régions sauvages et polaire : la plupart de la ligne est construite sur le « permafrost », un sol perpétuellement gelé sur plusieurs centaines de mètres : difficile aa creuser, et bouge énormément l’ete, lorsque la couche superficielle fond.

Bon, malgré ces aspects « impressionnants », le voyage fut plaisant, avec, comme d’habitude, d’excellentes rencontres avec des gens intéressants, et, pour les yeux, de sublimes paysages

montagne, neige, riviere... c'est beau

Des paysages montagneux avant Severobaikalsk

Le port de Severobaikalsk

Le train longe le lac Baikal sur une vingtaine de kilomètres, ici avec une vue sur le port gelé de Severobaikalsk

De la forêt

Après le lac Baikal, la forêt

Une riviere, de la foret...

Le paysage redevient un peu plus varié par la suite

Une dernière anecdote : ici, il fait vraiment froid. Je ne dis pas ça seulement à cause du cantonnier qui fut notre voisin entre deux arrêts dans le train et qui nous a assuré qu’il faisait – 40 à Tynda le matin, mais aussi parce qu’en y arrivant, la température indiqué par la gare était « réfrigérateurique » : -33 degrés ! (Celsius, s’il vous plaît !)

[ edit : avec les photos, c’est mieux 🙂 ]

Severobaikalsk. Mon premier arrêt. Déjà dans le train, j’ai une drôle d’impression, une impression de quelque chose de spécial. Le train passe à coté de mines à ciel ouvert, de villes minières, d’immenses scieries, le tout dans une taïga profonde à effrayer le plus courageux des ours (qui pourtant y abondent, parait-il).

Je suis arrivé à Severobaikalsk à midi. Déjà le matin, dans le train, on voyait les grandes montagnes qui bordent le lac Baikal (car, vous l’aurez deviné, Severobaikalsk se trouve sur les rives du dit lac, au nord pour être précis), donnant un avant-gout de la région. Arrivé dans la ville même, on se demande où on est tombé. Une ville construite en quelques années par les soviétiques il y a 40 ans, et qui n’a pas évolué depuis. Tout est grand, mais gris

la rue principale de Severobaikalsk

La rue principale de Severobaikalsk

Mais, comme la plupart des touristes, je ne viens pas ici pour la ville même, mais pour les environs. premièrement, le lac Baikal. Cette fois-ci, gelé

Le lac Baikal, les falaises du Nord

Les falaises du Nord du lac Baikal

Le lac Baikal gelé

La glace n'arrete pas les amateurs de baignade (à coté d'un sauna)

Ensuite, j’aurais bien aimé faire un tour dans les montagnes alentours, mais malheureusement je repars demain. Une prochaine fois, peut-être ?