Vladivostok

Ca y est, j’y suis. La fin de la Russie, sur l’océan pacifique. Le terminus du transsibérien, au kilomètre 9289 depuis Moscou. Sept heures de décalage horaire avec Moscou, dix avec la Suisse (neuf en été). A deux heures de vol de la Corée du Sud et du Japon, et une demi-journée de train de la Chine ou la Corée du Nord. Elle est entourée d’une nature fabuleuse, d’arbres japonais, de champignons chinois, de tigres sauvages, d’ours, de lynx, sans oublier les crabes géants, les pieuvres et les massifs coralliens. Une ville complètement russe, et qui ne l’est pas du tout en même temps. Elle est éclectique. Elle ne dort jamais. Elle est hyperactive. Elle vit du contact avec ses voisins. Elle est le lien terrestre entre l’Asie et l’Europe. C’est Vladivostok.

Difficile de savoir par ou commencer pour décrire Vladivostok. On pourrait parler de sa topographie, Vladivostok étant (à ma connaissance) la seule grande ville de Sibérie construite sur des collines. Ou de sa proximité avec la mer du Japon, et donc sa vie de cite maritime et côtière, qui subsiste même en hiver, lorsque les eaux du golf de Pierre le Grand gèlent et permettent la promenade dominicale sur la glace. Ou encore de la baie de la Corne d’Or (ou Zolotoï rog selon Wikipedia), qui sépare la ville en deux en son beau milieu.

Mais le mieux pour la comprendre est de connaître son histoire. Fondée en 1859 par un noble Russe, la ville se construit par des ouvriers chinois et coréens qui resteront sur place. Les premiers russes à venir, comme dans toute la région, sont des exilés politiques et des bagnards. A cette époque, le moyen le plus rapide de rejoindre Vladivostok depuis St-Petersbourg, la capitale de l’époque, est de traverser l’Atlantique, l’Amérique du Nord et le Pacifique. De par cet isolement, la ville se construit une culture propre, fortement inspirée par la culture russe, mais se nourrissant de la proximité de trois grandes cultures asiatiques très différentes les unes des autres (quatre si l’on fait la différence entre la Chine et la Mandchourie). Lors de la connection au transsibérien, en 1903, c’est l’explosion : Vladivostok devient un centre de commerce incontournable entre l’Europe et l’Asie. Elle est en effet la seule ville de culture européenne en contact direct avec le monde asiatique. Y affluent quantités de marchands des deux mondes. La ville devient un lieu où il fait bon vivre, où l’attrait de l’exotisme et la sécurité du connu et du quotidien font bon ménage.

Cette explosion ne sera pas longue. En 1917, la ville est coupée de l’Europe par la révolution de Bolcheviks. Vladivostok est également coupée de la Russie européenne par la « Russie blanche », cette armée tsariste contre-revolutionnaire etablie à Irkoutsk. Les Japonais et plusieurs nations européennes prennent position à Vladivostok pour fournir un soutien logistique à la Russie blanche. l’armée rouge prendra finalement la ville en 1922 seulement, mettant fin à la guerre civile. Commence alors une période d’hibernation pour la ville. Staline fait tuer ou déporter tout les habitants asiatiques, les occidentaux rentrent chez eux, et on finit par fermer la ville au monde, en 1958. Les soviétiques en font une immense base navale, surtout militaire, mais également commerciale, exportant par bateau la production des usines de l’URSS.

La ville sera rouverte en 1992, et tout de suite retrouve sa vitalité d’antan. l’énorme demande de produits occidentaux bon marchés en Russie et le transsibérien vont ouvrir une voie royale à Vladivostok, qui tout de suite devient le centre d’importation de toute la Russie. On y vient même de Murmansk, à la frontière finlandaise, pour y acheter sa voiture d’occasion et sa télévision japonaises, ou son autobus coréen. Certain font leur métier d’acheter des objets d’importation à Vladivostok puis de les envoyer ailleurs en Russie et de les revendre. Les étrangers, tant asiatiques qu’occidentaux, reviennent en masse, tant pour vendre des produits de chez eux que pour acheter des produits bruts issus des immenses réserves naturelles de l’extreme-orient russe : du bois, des hydrocarbures, toutes sortes de métaux, du poisson et son caviar…

Loin de ralentir son dynamisme, le prochain sommet des pays côtiers de l’océan pacifique qui doit se tenir cette année (2012) à Vladivostok a amené de gros investissements de l’état russe : toutes les rues importantes et moyennement importantes ont été refaites, on construit un campus universitaire sur l’île russkij, quasi vierge jusqu’à présent, et elle sera bientôt reliée par un pont à la ville. En tout, on construit trois ponts sur la mer en même temps en ce moment à Vladivostok.

Des immeubles partout

Le centre-ville de Vladivostok

un funiculaire

Vladivostok est la seule ville de Russie à disposer d'un funiculaire

un trou dans la glace

"C'est pas un peu de glace qui va nous empecher de nager, non ?!?"

Un pont en construction

L'un des trois ponts en construction de Vladivostok

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