Oulan-Oude : la culture bouriate

Les Bouriates sont, d’après les statistiques fédérales russes, le groupe ethnique le plus important en nombre de Sibérie. Ils sont l’ethnie majoritaire de la république de Bouriatie, un sujet fédéral de Russie, avant les Russes eux-même, ce qui est inhabituel : la plupart des sujets fédéraux du pays sensé être peuplé de peuples indigènes sont en fait peuplé en majorité de Russe, ou dans une bonne proportion.

Oulan-Oude, capitale de la Bouriatie, reflète bien ceci : la ville est colorée, les habitants sont presque tous asiatiques, on y trouve un théâtre en bouriate (la langue des bouriates), des temples bouddhistes, les Datsans, sont disséminés dans la ville et les campagnes alentours. Parlons donc de la religion : les Bouriates de l’ouest du lac Baikal, aujourd’hui en grande partie assimilés à la culture et la population russe, sont chamanistes. Le chaman, personnage important et respecté, est victime de la « maladie du chaman », un sorte de folie qui le rend complétement imprévisible. Il peut rentrer en transe à tout moment, ou alors se faire toutes sortes de blessures ou se mettre dans des situations dangereuse. Il est donc constamment surveillé par les villageois, pour sa propre protection. Le monde spirituel est régis par des esprits, et le chaman est leur moyen de communication. Apparemment, les yakoutes ont une religion similaire, de ce que j’ai pu comparer. Je n’en saurait pas plus, car à Oula-Oude, tout le monde ou presque est bouddhiste.

Le bouddhiste, quant à lui, est arrivé par l’intermédiaire des mongoles, peu avant les Russes, au 16ème siècle. Altan Khan, prince mongole, s’est convertit au bouddhisme tibétain après la visite du Dalaï-lama en 1571, et l’a imposé comme religion d’état dans son empire. Les Russes s’établissant peu après à Irkoutsk (ouest du lac Baïkal), le bouddhisme n’aura pas le temps d’y arriver, alors qu’il s’est imposé comme religion dominante à l’est. Comme au Tibet, il y a eu un certain mélange entre le bouddhisme et le chamanisme local, car dans la pensée bouriate, les deux ne s’excluent pas. Face à un problème demandant l’aide d’un homme de religion, on choisit donc entre le lama et le chaman, selon ses possibilité et ses goûts. Les centres de religions bouddhistes sont les Datsan. Ce sont des ensembles de temples dédiés à divers dieux, construits au même endroit et entretenus par un équipe de moines. Ces moines sont d’ailleurs très libres dans leurs vie privée : ils peuvent se marier et manger de tout. La rudesse du climat a visiblement adouci les contraintes. Il paraît que seuls quelques moines en Bouriatie sont des « vrais moines » qui s’abstiennent de tout pour vivre (de) la méditation : une petite dizaine en tout. Les bâtiments, comme souvent dans le bouddhisme, sont tout en couleurs, comme ce temple

Un temple tout vert

Un temple dans un Datsan

Un autre temple

Un autre temple dans le même Datsan

 

Les traits essentiels du bouddhisme tibétains sont là, comme ces « moulins à prière » : des prières sont écrites sur du papier et stockées à l’intérieur, et en passant vous faites tourner le cylindre, et ça récite les prières à votre place. C’est sans doute la première forme d’optimisation technique de l’activité religieuse pour en améliorer le rendement. Les moines tibétains ont des talents d’ingénieurs cachés …

Des moulins à prière, avec du blan tout autour

Des moulins à prière. Remarquez le vide de la campagne alentour, la seule différence entre ici et le Tibet

Dans des Datsans en hauteur, on retrouve des drapeaux avec des prières écrites dessus, qui donnent un air himalayen à la région. Les grands drapeaux sont propres à Oulan-Oude, mais on retrouve les petits drapeaux sur des arbustes un peu partout en Sibérie.

Des drapeaux de prières

Des drapeaux de prières

 

La religion n’est pas toute la culture bouriate, et de loin. Cependant, elle occupe ici un place inhabituellement importante pour la Russie. Les monastères sont pleins de fidèles même en pleine semaine, on y voit même certains Russes de souche, et les gens connaissent très bien leur religion. Il faut dire que si les Bouriates avaient obtenu le droit de pratiquer le bouddhisme de la part de Catherine II et vécurent en paix à l’époque des Tsars, la région a ensuite subit de fortes persécutions à l’époque soviétique, les monastères ont été détruits, les moines tués, et les fidèles forcé de pratiquer en cachette, coupé des enseignements de leurs maîtres tibétains. Les Bouriates ont donc profité de la chute de l’URSS pour reprendre en toute liberté leurs cultes, et tout les temples actuels ont été construits ces vingt dernières années.

En dehors de la religion, les bouriates pratiquent des danses de groupe très faciles et plaisantes : on se donne la main et forme un cercle, puis tourne en faisant les mêmes mouvements en même temps, et on chante une chanson accordé à la situation : lorsque nous avons dansé avec eux, nos amis bouriates ont tenté de nous apprendre la chanson « de la danse de l’amitié », malgré notre faible connaissance de la langue locale, et c’était plutôt charmant. Le costume traditionnel bouriate est très varié, car chacun de ses composant donne une information sur l’identité de son porteur. Le costume change ainsi au cour de la vie, si l’on se marie, lorsqu’on vieillit…

Quant à la nourriture, les bouriates, éleveurs nomades, sont des grands consommateurs de viande, surtout de mouton. C’est avec sa viande que l’on fabrique les Bouzé, ou Pozè, selon les variantes russe ou bouriate, des sorte de pâté de viande farcie avec du jus de cuisson dedans, à soigneusement sucer pour éviter de s’en mettre partout. Le plat est si populaire ici qu’on le trouve en surgelés au supermarché ! Il paraît que c’est également courant en Mongolie. Moins fréquent ici, mais répandu au Tibet et en Mongolie, le thé salé au beurre : goût étrange, mais pas mauvais. On buvait autrefois ce thé avant une longue journée de travail dans la steppe, car c’est un coupe-faim redoutable : une seule tasse et vous ne mangez plus pendant une demi-journée !

Oppressé par l’union soviétique, qui redoutait un éventuel nationalisme bouriate, ces derniers ont dû se battre pour sauver leur culture. Si aujourd’hui leur langue subsiste grâce aux villageois et que les citadins ont définitivement adopté le russe, les Bouriates sont fiers d’avoir pu garder leur cuisine, leur religion et leurs coutume, et en parlent avec ferveur à tout non-bouriate de passage.

 

Bonus/anecdote : les Bouriates ne sont pas les seuls fervents religieux ici. Des vieux-croyants, c’est-à-dire des orthodoxes ayant refusé des réformes au 16ème siècle et par conséquent persécuté par tout les gouvernements russes successifs depuis, ont été exilé en Bouriatie, puis se sont isolé d’une société russe qui le les acceptait pas. A tel point que dans les années 70, une équipe de géologues soviétiques survolant une zone montagneuse y a trouvé un village de vieux-croyants qui vivaient encore comme 300 ans en arrière : ils n’avaient jamais entendu parler de Lénine, du communisme et n’avaient pas eu de contact avec la société russe depuis ces 300 ans !

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2 commentaires
  1. C’est vrai qu’il fait froid, mais l’accueil si chaleureux des Bouriates me l’a fait bien vite oublier 😉

  2. Les photos sont belles mais toute cette neige et ce froid me donnent pas trop envie d’y aller (pour l’instant :p )

    Merci du partage

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