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Les trains en Russie

Ne vous fiez pas aux dates de publication : j’écris avec du retard, et au moment où je publie ce post, je suis déjà de retour à Tomsk depuis une semaine. Le retour dans mon pied à terre (temporaire) et un peu de repos m’ont permis de tirer quelques leçons de ce mois sur les routes froides du milieu de nulle part.

La première chose que je retiens est l’hospitalité des gens d’ici. Sans vouloir reservir un mythe du bon sauvage usé jusqu’à la corde par les bien pensants, je constate que la course au bonheur matériel n’est pas une priorité ici. Certe, tout le monde ou presque voudrait une voiture, un joli appartement et des vacances à l’étranger. Mais celui qui ne l’obtient pas n’en fait pas une maladie. Ici, on vit au jour le jour, tranquillement et en profitant de la vie. A quoi bon acheter une voiture si elle est tellement chère que pour la payer il faudra travailler comme un fou ? Le stress de travail tue le confort de la voiture. Ici, toutes les questions de la vie quotidienne sont résolues depuis longtemps : un gouvernement lointain, à Moscou, et un climat local tout deux impossibles à changer ont poussé les gens à profiter comme ils le peuvent, à être heureux avec peu de biens matériels mais beaucoup d’amitié et de fraternité, et à ne pas se plaindre, car de toute façon le froid n’a pas d’oreilles.

un feu, des hommes en habits de travail

Des manoeuvres profitant de la pause pour se réchauffer et papoter autour d'un feu de bois

J’ai aussi compris quelle chance c’est de savoir le russe. Pour quelqu’un d’intéressé à découvrir d’autre cultures, le russe ouvre les portes, certes, de la culture russe des russes de souche qui, franchement, ne se comprend pas avec des livres en français, ni en anglais ; mais aussi d’une multitude de cultures différentes internes et satellitaires de la Russie, ayant chacune leurs propre religion et tradition. Le russe est la porte ouverte à l’Asie centrale, la Mongolie, et (sans doute, je n’ai pas eu l’occasion d’essayer) une bonne partie de l’Europe de l’est. J’ai rencontré dans le train beaucoup d’autres étrangers, tous frontaliers. Ils parlent le russe en plus de leur langue maternelle, et aiment énormément raconter leur pays.

Voilà, les voyages, c’est finit pour l’instant, j’ai repris les études cette semaine pour cinq mois encore, puis je reviendrai en Suisse, non sans profiter du trajet comme il se doit.

un chemin

C'est une fin mais c'est pas fini...

[ mise à jour ] J’y avais pas pensé, mais comme on me l’a demandé, voici quelques données synthétiques sur ce voyage

  • villes visitées : Sévérobaïkalsk (une nuit) , Yakoutsk (trois nuits), Khabarovsk (une journée), Vladivostok (six nuits), et Oulan-Oude (deux nuits)
  • température maximale : -3 °C à Vladivostok
  • température minimal : -53 °C à Yakoutsk
  • kilomètres parcourus : environ 15 000 en train, 3 000 en avion et 1 200 en minibus
  • durée totale : 23 jours
  • trains : 10 jours
  • minibus : 1 jours
  • nouvelles connaissances : une bonne trentaine …
  • photos rapportées : environ 1 000
  • journal de bord : plus de 50 pages écrites
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Le vide

Le vide

Les seuls signes de présence humaine dans ce désert glacé sont les arrêts tout les cinq heures environ dans des petites villes de 20 000 habitants. Il y fait particulièrement froid, avec des températures de -40 °C ! Ce qui n’empêche pas les locaux de monter des stands de vente avec de la nourriture pour les voyageurs, et lesdits voyageurs de sortir en pantoufles et manteau pour faire leurs courses. A chaque long arrêt, les cheminots cassent la glace sur les sorties des sanitaires à la hache, alors que d’autres refont le plein de charbon pour le chauffage du wagon.

Un train, une gare, du froid

Un arrêt en gare

 

On trouve parfois une cabane de survie, sans doute pour des chasseurs ou des employés du train. Elles sont toutes directement à côté de la voie ferrée.

une cabane

Une cabane dans la forêt

 

Bonus : un petit clin d’oeil à un sujet qui en mériterait plus (je n’ai pas eu le temps d’approfondir) : saviez-vous que le bloc communiste avait aussi son Israel, soit une terre d’accueil du peuple Juif et de sa culture ? Cet « oblast autonome juif », situé pas loin de Khabarovsk, a été créé par les Soviétiques, pour remplir un point de leur programme : la loi stipulait que toutes les ethnies de l’URSS avaient droit à un territoire propre. Seulement, les Juifs, ethnie reconnue, étaient dispersés sur tout le territoire, et majoritaire nul part. De plus, le sionisme était rejeté des soviétiques car jugé « bourgeois ». On créa donc cet oblast en 1934 dans un endroit désert à coloniser, pour ne pas prendre des terres en Russie de l’ouest, alors déjà surpeuplée, avec non seulement l’objectif idéologique de prouver que le socialisme pouvait aussi fournir une alternative au sionisme, mais aussi de renforcer une région frontalière avec la Chine alors vulnérable. On en profita pour ainsi exiler « en douce » les intellectuels juifs, trop ouverts sur le monde et pas assez convaincu du communisme. Si le projet a connu des hauts et des bas, il fait aujourd’hui définitivement partie du passé, mais a laissé des traces, comme le nom de la gare

inscription bilingue russe-yiddish

La gare de Birobidjan

[suite à un souci technique, je ne pourrais pas mettre de photos sur certains posts avant mon retour à Tomsk. Désolé ! Mais j’en profiterai pour décrire un peu plus les endroits, et je laisse votre imagination faire le travail ! ]

Arrivé à Tynda, plusieurs choix s’offrent à vous : continuer jusqu’à Komsomol-na-Amure avec le BAM, rejoindre l’Amur à la frontière chinoise en prenant plein Sud, ou aller au Nord.

Pour aller au Nord, un seul chemin : passer par Neryungri. Cette ville, dont le nom n’est pas russe (il ne se décline pas selon les cas de la grammaire russe), est le point d’entrée d’un endroit tel, qu’il y en a point comme celui-là : la Yakoutie. Cette région est extrême : de -60 l’hiver à +40 degrés (°C) l’été, ses trois millions de km2, son million de rivières et son million de lac sont partagés par son petit million d’habitants, qui provient de plusieurs ethnies différentes, sans compter les russes (qui y sont en minorité) et les autres immigrants.

On peut s’en douter, voyager dans de telles conditions est difficile : les routes sont mauvaises, peu peuplées, et, surtout, vide : si vous tombez en panne en hiver, il se peut que personne ne vous trouve avant que vous ne mourriez de froid. (!) La route principale est celle qui relie Yakutsk, la capitale, à Neryungri, et par conséquent au reste du monde. C’est par cette route que je vais continuer mon voyage.

Dès sa sortie du train, le voyageur est accueilli, ou plutôt assailli par les chauffeurs de taxi-minibus qui vous amènent à Yakutsk. Les bus attentent sur le parking de la gare, dans le froid, le brouillard et la nuit (il fait pas jour longtemps à de telles latitudes en hiver), on a pas envie de traîner, on prend le premier qui vient. On part. La ville n’est pas bien grande, on est vite sorti. La route est longue, il est passé minuit depuis longtemps, mais personne ne dors : tous regardent la nature qui nous entoure. Des forêts de sapin interminables, posées sur des collines, entrecoupées de rivières, parfois moins denses dans les zones marécageuses. On ne pense plus, la fatigue du voyage faisant son effet, et on se laisse guider par la route, la seule, qui traverse ce désert de froid. Tantôt droite, tantôt sinueuse, tantôt lisse, tantôt caillouteuses, on y croise de temps en temps une autre voiture en face, ou des camions garés sur le bord, moteur fonctionnant pour éviter à la mécanique de se geler, et au chauffeur aussi. On finit quand même par s’endormir, à la faveur du chauffage à plein régime et d’une portion de route confortable.

Le lendemain, on se réveille assez vite, sur un soubresaut ou l’autre de la route. Le paysage a peu changé : les forêts, le froid, les collines, les rivières, tout est toujours là, mais illuminé par un soleil seul dans le ciel bleu. Dans notre minibus chauffé, avec des doubles vitrages et des tapis partout, on en finirait presque par oublier la température extérieure, qui tourne autour des -40 °C. Le voyage se poursuit sans encombres, avec une pause dans un restoroute (comment sont-ils arrivés ici ?) qui nous rappelle le froid mordant qui règne à l’extérieur. Les kilomètres restants sont indiquées sur le bord de la route, et descendent lentement, mais sûrement. Vers Yakutsk -30 kilomètres, le ciel se couvre. Quelques villages sur la route rendent la circulation un peu plus dense. Le chauffeur commence à parler de l’arrivée : je vous dépose où ? Puis quelqu’un pose la question que tous se posent : comment va-t-on traverser la rivière ? En effet, Yakutsk est située de l’autre coté de la Léna, une rivière de près de 4 kilomètres de large. Le pont qui doit la traverser est en projet depuis l’époque soviétique, mais les conditions de constructions locales difficiles et son coût excessif (on parle de 18 milliards de dollars) ont toujours empêché sa construction. Le chauffeur nous explique que la rivière a gelé en septembre déjà, et que dès novembre on a ouvert la route sur la glace qui permet à tout les véhicules de la traverser (camions compris !).

On finit par arriver à la rivière : on y distingue à travers le brouillard une piste bleue, couleur de la glace, au milieu du blanc neigeux. Une fois sur la piste, on y voit une grande strie au milieu. Le chauffeur nous dit de ne pas s’inquiéter, que la glace fait au moins un mètre d’épaisseur à cet endroit. La piste est longue, près de 16 kilometres, et slalom, parait-il, pour passer par les endroits sûrs, là où la glace est épaisse ou là où une île se trouve. Arrivé à la fin du parcours, un curieux demande si la glace se brise parfois. « Chaque année des gens se tuent en coulant avec leur voiture. Mais c’est parce qu’il ont roulé au début, avant que la piste soit ouverte au trafic. » Ça rassure…

[ edit 10 mars 2012 : J’ai reçu mes photos par la poste ! Les voilà ]

La nuit, des bus et des gens attendent

Devant la gare de Neryungri, en pleine nuit

 

une longue route, de la forêt autour...

La route pour Yakutsk

 

Nous croisons un camion

On croise parfois quelqu'un sur la route, ça rassure

 

Sur la glace

On entre sur la Léna, sur la route de glace

 

encore sur la glace

Encore sur la glace, juste pour le plaisir ^^

[ j’utilise un clavier russe, excusez pour les accents ! ]

En russe, une « Magistrale » n’est rien d’autre qu’une ligne de train. Et elles portent bien leur nom. En poursuivant mon voyage, j’ai quitté le transsibérien pour une autre ligne plus au Nord et parallèle, qui quitte le transsibérien peu après Krasnoiarsk à l’est, passe au Nord du lac Baikal (par Severobaikalsk, en fait), et va…nul part. Oh, elle rejoint bien l’océan Pacifique, mais la plupart des villes ont ete construite à partir de rien « parce que le train était la ». Du coup, elles ressemblent toutes à Severobaikalsk. Voici Tynda, noeud ferroviaire au milieu du trajet, et « capitale » officieuse de la ligne

Tynda-city, vu de loin

la ville de Tynda, vue de loin

La gare, quand à elle, ressemble plus de l’extérieur à une base de lancement de fusée qu’à une sympathique gare de voyageurs

La gare de Tynda

La gare de Tynda

Cette simple voie a mis plus de 60 ans à être construite, et, même si l’inauguration officielle date de 1974, les aménagements furent nombreux après (tunnels, arrêts supplémentaires, connexions avec le transsibérien…)

Le gouvernement soviétique a décidé de construire cette ligne dans les années 20, comme alternative au transsibérien, trop vulnérable à cause de sa proximité avec la Chine (en cas de guerre). La ligne s’est construite par étapes, avec un arrêt notable de vingt ans après la mort de Staline. Le chantier a repris dans les années 70, pour exploiter les ressources minérales du Nord et pour la propagande soviétique (le chantier fut d’une ampleur exceptionnelle pour l’époque). Fait intéressant, si le chantier fut commencé par des prisonniers du goulag et des soldats fait prisonniers (et fait environ 10000 morts), la reprise dans les années 70 a employé les jeunesses communistes, le Komsomol, et une ville leur est dédiée à la fin de la ligne, Komsomolsk-na-Amure. La propagande soviétique eut fort à faire pour attirer des volontaires dans ces régions sauvages et polaire : la plupart de la ligne est construite sur le « permafrost », un sol perpétuellement gelé sur plusieurs centaines de mètres : difficile aa creuser, et bouge énormément l’ete, lorsque la couche superficielle fond.

Bon, malgré ces aspects « impressionnants », le voyage fut plaisant, avec, comme d’habitude, d’excellentes rencontres avec des gens intéressants, et, pour les yeux, de sublimes paysages

montagne, neige, riviere... c'est beau

Des paysages montagneux avant Severobaikalsk

Le port de Severobaikalsk

Le train longe le lac Baikal sur une vingtaine de kilomètres, ici avec une vue sur le port gelé de Severobaikalsk

De la forêt

Après le lac Baikal, la forêt

Une riviere, de la foret...

Le paysage redevient un peu plus varié par la suite

Une dernière anecdote : ici, il fait vraiment froid. Je ne dis pas ça seulement à cause du cantonnier qui fut notre voisin entre deux arrêts dans le train et qui nous a assuré qu’il faisait – 40 à Tynda le matin, mais aussi parce qu’en y arrivant, la température indiqué par la gare était « réfrigérateurique » : -33 degrés ! (Celsius, s’il vous plaît !)

[ edit : avec les photos, c’est mieux 🙂 ]

Severobaikalsk. Mon premier arrêt. Déjà dans le train, j’ai une drôle d’impression, une impression de quelque chose de spécial. Le train passe à coté de mines à ciel ouvert, de villes minières, d’immenses scieries, le tout dans une taïga profonde à effrayer le plus courageux des ours (qui pourtant y abondent, parait-il).

Je suis arrivé à Severobaikalsk à midi. Déjà le matin, dans le train, on voyait les grandes montagnes qui bordent le lac Baikal (car, vous l’aurez deviné, Severobaikalsk se trouve sur les rives du dit lac, au nord pour être précis), donnant un avant-gout de la région. Arrivé dans la ville même, on se demande où on est tombé. Une ville construite en quelques années par les soviétiques il y a 40 ans, et qui n’a pas évolué depuis. Tout est grand, mais gris

la rue principale de Severobaikalsk

La rue principale de Severobaikalsk

Mais, comme la plupart des touristes, je ne viens pas ici pour la ville même, mais pour les environs. premièrement, le lac Baikal. Cette fois-ci, gelé

Le lac Baikal, les falaises du Nord

Les falaises du Nord du lac Baikal

Le lac Baikal gelé

La glace n'arrete pas les amateurs de baignade (à coté d'un sauna)

Ensuite, j’aurais bien aimé faire un tour dans les montagnes alentours, mais malheureusement je repars demain. Une prochaine fois, peut-être ?

Je suis venu à Tomsk en train, depuis la Suisse. Un voyage en train, quoi de spécial ? Eh bien, le train était russe.

Quelques explications s’imposent. Tomsk est situé à quelques encablures seulement du transsibérien, ligne légendaire qui relie Moscou à Vladivostok en huit jours. Presque toutes les grandes villes de Sibérie se sont construite sur cette ligne, et aujourd’hui encore, l’activité économique de la Sibérie y est concentré (sauf les ressources naturelles). Ce train est quasiment le seul moyen de transport sur de longues distances, car les routes sont mauvaises et les avions très chers, surtout pour un salaire russe. Les trajets sont longs : aller de Moscou à Tomsk prend trois nuits et deux jours, pour 2800 kilomètres environ.

Dans les trains longue distance russes, toutes les places peuvent se transformer en lit. Il existe trois classes : platskarta, koupé et SV. Les deux derniers bénéficient de compartiments que l’on peut fermer à clé, c’est bien confortable lorsque quelqu’un ronfle dans le wagon 🙂

Cette ligne est très fréquentée. Beaucoup de russes y passent pour aller en vacances ou visiter la famille. Les trajets prennent du temps, mais on ne s’y ennuie jamais. On s’y raconte des histoires, on joue aux cartes, on boit du thé -les russes boivent énormément de thé, à tel point que chaque wagon contient un samovar, sorte de théière-bouilloire à la russe- on observe le paysage, on médite…

Mais comme une image vaut mille mots, place aux photos !

Un samovar

Le samovar, sorte de théière-bouilloire russe, est présent dans chaque wagon

Du monde sur le quai

A chaque arrêt, le quai se remplit de monde, et on en profite pour se dégourdir les jambes et acheter des provisions

Koupé

Les compartiments koupé sont très confortables

Platskarta

Les wagons de platskarta sont biens remplis

On regarde le paysage, on médite...

"Regarder le paysage défiler incite à la méditation" dans le couloir d'un wagon koupé

Les paysages sont superbes

Les paysages sont d'ailleurs très beaux

La Volga ?

Le train traverse beaucoup de rivières : ici la Volga, sauf erreur

Le vide

La campagne sibérienne est parfois franchement vide

L'envers du décors

Le train, ou l'envers du décors